L’évolution du numérique en Afrique par Ousmane BELLO

by Ousmane BELLO

L’évolution du numérique en Afrique par Ousmane BELLO

by Ousmane BELLO

by Ousmane BELLO

Quel regard portez-vous sur le numérique en Afrique ?

Je suis très optimiste. Fort heureusement, sinon je devrais changer de métier (rires). Le numérique en Afrique a un potentiel extraordinaire mais en même temps il fait face à des défis colossaux. Ce que je trouve très enthousiasment, c’est que les 6 composantes qui permettraient de libérer l’économie numérique en Afrique évoluent de façon très positive :

  1. La connectivité : Elle s’améliore de jour en jour. Il n’y a qu’à regarder l’évolution de la couverture réseau et la qualité des connexions pour s’en convaincre. Les opérateurs télécoms multiplient les investissements au niveau des infrastructures. Des pays comme le Kenya, le Sénégal, ou encore le Nigéria ont connu une évolution extraordinaire du nombre d’internautes durant cette dernière décennie. Pour autant, les prix restent encore élevés pour une partie de la population africaine. Un ajustement des prix pourrait accélérer le taux de connectivité.
  2. La formation : De nombreuses écoles spécialisées en informatique, ainsi que des centres proposant des formations courtes voient le jour un peu partout sur le continent. A cela s’ajoutent les formations en ligne qui viennent compléter le dispositif. On observe aussi de plus en plus de partenariats entre les universités africaines, les incubateurs et les entreprises du continent, ce qui est de très bon augure.
  3. Le contenu : Difficile d’imaginer l’évolution du digital sans contenu. Et la bonne nouvelle c’est que nous commençons par avoir de plus en plus de contenu créé en Afrique. Il est en effet important que le contenu mis à disposition de l’internaute soit le plus pertinent possible et adapté à son environnement.
  4. Le taux d’équipement numérique : Le prix du matériel informatique qui est longtemps resté un frein à l’équipement des internautes africains, l’est de moins en moins aujourd’hui. De nombreux constructeurs ont pris conscience du potentiel du marché africain et ont désormais une réelle stratégie pour le continent. C’est le cas par exemple de Huawei.
  5. L’investissement : L’engouement des investisseurs pour les TIC en Afrique, ne cesse de grandir. De nombreux fonds d’investissement recherchent désormais à investir dans ce secteur en Afrique. On a ainsi assisté récemment à quelques mouvements au niveau des opérateurs télécoms mais aussi au niveau des startups.
  6. L’implication des politiques : Les politiques ont désormais pris la pleine mesure de l’impact que pourrait avoir le digital sur le continent. Dans de nombreux pays africains, un plan est mis en place pour soutenir ce secteur. C’est le cas du Bénin qui a récemment lancé un plan nommé Ennov 2021 qui a pour ambition de faire des TIC le principal levier du développement économique.


Pourquoi accorde-t-on autant d’importance au numérique ?

Le numérique a l’avantage d’être transversal. On le retrouve dans la finance, l’éducation, l’agriculture, la santé etc… C’est une façon de dynamiser tous les secteurs d’activités en apportant de l’innovation et de la modernité. Désormais, grâce au numérique les agriculteurs sont capables d’améliorer leur productivité. Le même constat est fait dans le domaine des finances où on arrive à améliorer considérablement le taux de bancarisation des populations. Je pourrai aussi citer l’éducation avec les cartables numériques ou les formations en ligne. Et surtout le numérique démocratise l’accès à l’information et au savoir car nous sommes tous connectés. Aujourd’hui avec un smartphone, on peut avoir la même information que l’on soit à Paris ou à Cotonou. C’est une réelle aubaine pour l’Afrique.

Pensez-vous que le numérique puisse avoir un impact important sur l’économie africaine ?

J’en suis convaincu car c’est déjà le cas aujourd’hui. Si l’on prend par exemple le marché du mobile en Afrique, en 2015, il représentait un chiffre d’affaires global de 48,5 milliards d’euros, soit 6% du marché mondial. Et en termes d’emploi, le secteur compte plus de 3,5 millions de personnes sur le continent avec des recettes qui avoisinent 4 à 5% du PIB des pays africains.  Autre secteur, l’internet mobile :  selon la BAD, sa contribution à l’économie africaine devrait atteindre 5 à 6% d’ici 2025. Il y a donc encore beaucoup d’opportunités de développement. Mais bien au-delà de ces chiffres, il faut surtout considérer le numérique comme un atout permettant à l’Afrique de compenser du retard mais aussi de s’affranchir d’un certain nombre d’étapes de développement qui jusque-là semblaient nécessaires.


 

Diplômé d’école de commerce et passionné par le digital, Ousmane BELLO commence sa carrière dans le secteur des nouvelles technologies. Il travaille notamment chez SAGE et Oodrive en tant que business development manager sur différentes régions, avant de s'intéresser aux questions du numérique en Afrique. Ousmane BELLO est aussi le Vice-Président du Think Tank Club 2030 Afrique.

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